Prendre de la hauteur


6 mois après mon retour de la traversée, c'est le grand vide. Une fracture de moral comme on peut appeler cela.

J'ai pris part au 24h de course à pied de Puttleange aux Lac. J'ai également couru le semi marathon de Thionville.
Mais je sens que la machine et à bout de souffle et que la tête ne suit pas.

Une dépression me guette. Heureusement mon pote mancho et là pour tenter de me donner le moral.

Le problème est que je suis blasé par un monde qui n'a pas l'air de me comprendre. Histoire de faire partager mes aventures, je me rends dans des écoles afin de sensibiliser à ma cause d'amputa d'os.

Mais lorsque je me retrouve seul, je gamberge. PUTAIN, mais qu'est ce que je fous là? Est ce ma place?

Et si je repartais? Oui mais pour où et avec quel moyen? La traversée, c'est faîte mais à quel prix? J'y ai laissé des plumes et je ne suis pas près de me refaire...

En Aout 2008, je retrouve Eric Lecomte et Frank Bruno. Il parle de partir pour une nouvelle aventure. Une aventure qui va prendre de la hauteur et les emmener en Argentine pour l'ascension du Cerro del Pissis. Il s'agit du plus haut volcan du monde qui culmine à près de 6800m.

Et si je partais avec? Est ce que je suis prêt? Frank voudra t-il me prendre avec lui?

Pour le savoir, il suffit de lui demander?

La réponse est sans appel; c'est oui...

J'ai pris du poids et les kilos risquent d'être un sacré handicap, mais qui ne tente rien n'a rien.

Janvier 2009, je retrouve Frank et une petite équipe de 10 personnes bien décidaient à planter la bannière de Bout de Vie au sommet de ce volcan.

Comme toujours Frank, c'est occupé de tout et a demandé le renfort de Marianne Chapuisat. C'est une référence de la haute montagne et la seule femme à avoir grimper l' Everest en période hivernale.

De plus, sur place, nous serons pris en charge par une équipe de spécialiste doté de 2 guides Argentin de haute montagne.

Le premier camp est monté à 4400m. De quoi vous secouer un homme. Ici, vous n'êtes rien et comme en mer, c'est la nature qui décide pour vous.

Les premiers trek seront difficiles mais le groupe est soudé; Impossible de ne pas continuer.

Au pied du Cerro del Pissis, je mesure l'ampleur de la tache et à quelques pas du camps une plaque commémorative rappelle combien la montagne peu être dangereuse.

Ici rien n'est laissé au hasard. Notre chef guide nous surveille. Prise de tension, pulsation et taux d'oxygène dans le sang sont vérifiés tous les jours. Il nous demande de ne rien cacher et de ne pas faire d'automédication.

Le principal danger est le mal des montagnes qui se traduit par des mots de tête et vomissement. Les risques d'embolies sont énormes et peuvent entrainer la mort.

Dans le groupe, personne n'est à l'abri.

Le plus jeunes du groupe, peut être le plus physique sera contraint de redescendre car il commence à présenter de sérieux troubles et des risques d'embolies cérébrales.

C'est une claque pour le groupe. Mais il faut garder espoir et confiance.

La première marche est difficile car nous chaussons des chaussures de haute montagne grand froid que l'on appelle des coques. Autant vous dire que cela vous donne l'impression de marcher avec des godasses de ski.

Une véritable galère pour mon petit moignon qui ne va pas apprécier la manip.

Et puis, il y a la première approche vers le premier camp. Je suis mal et j'ai l'impression de divaguer. A 4800m, je dis stop. Fin de l'aventure...

Mais très vite la notion du groupe devient importante. Une première ascension est tenté mais les conditions météos obligent le groupe à redescendre.

Pour que l'ascension soit une réussite, Frank me demande, ainsi qu'a Eric de les accompagner au camp 2 à plus de 5700m. Ce que nous portons avantage le groupe. Et puis Niko aura eu les mots justes. C'est magnifique là haut. Il faut que vous veniez avec pour vous en rendre compte.

Voilà, c'est reparti pour un tour. J'écoute les conseils de Frank et de Marianne. A chaque pas, ce sont quelques centimètres de plus qui me mènent vers le camps 2. Quand je sens que l'ascension commence à devenir difficile, je me retourne pour contempler le paysage. Mon dieu que c'est magnifique. Il faut le voir pour le croire.

C'est comme cela que me retrouverait à plus de 5700m avec l'envie de continuer. Mais je préfère assurer et ne pas devenir un poids pour le reste du groupe.

Seul Marianne et un guide atteignent le sommet. Frank mettra fin à son ascension à plus de 6400m.

Ici, il faut savoir renoncer et peser le pour et le contre. Le même jour un Argentin fut porté disparu et il ne fut jamais retrouvé.

Certains ont compris que c'était une petite victoire et pour d'autres notre abandon refléte notre médiocrité.

Ceux qui n'ont pas compris, je les excuses car leurs stupidités et leurs railleries ne sont que le reflet d'une pure jalousie.

"Le voyage est un retour vers l'essentiel"
Proverbe tibétain.


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