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Ma life


Comme certains le savent, j'ai eu un grave accident de la circulation en deux roues, au début de mes 16 ans.
6 mois d'hospitalisation, 3 mois de réanimations, une bonne quinzaine d'opération puis enfin le retour à la maison.
Mais tout est différent. Très vite, les chirurgiens qui se sont occupés de moi tenteront de me faire comprendre que ma vie sera différente.
Ils savent que j'aurai énormément de difficulté à la marche. Pour eux, finit le sport et la carrière militaire tant rêvée.
Il est vrai que la première année sera difficile. Mais après beaucoup d'heures de rééducation, je remarche sans béquilles. Mais la jambe est paralysée et le pied pend à chaque passage du pas. Pourtant, je remonte sur une mobylette et pars faire de longue marche dans les bois avec des camarades.
Le bilan sera rapide. Infections, fracture de l'astragale, le tout occasionnant le retour à l'envoyeur.
Je suis comme les taulards. Je rentre, je ressors puis je re-rentre...
Bref, c'est la galère...
Le soir souvent je gamberge et je bois à n'en plus finir. Une fois bien saoul, je provoque des bagarres où rien ne semble me faire peur, sauf moi.
C'est ma façon de faire du sport. Pourtant, un jour, face à une glace, je me dis que cela ne peut pas durer.
Ce n'est pas moi. Je voulais être légionnaire alors il faut que je mène mon combat en temps que tels.
Je décide de refaire du sport dans une salle de musculation. Mais, je n'aime pas l'ambiance Bubulle Gum des soit disant gros bras. Je décide de refaire du vélo et malgré des douleurs de ma cheville, je me fais des sorties de 50 bornes.
Pourtant, je broie toujours du noir.
Je rêve de courir. C'est vrai qu'à cette époque, je marche énormément avec les béquilles. Pourquoi pas essayer de courir avec.
C'est donc à cloche pied que je m'entraine et me paye le luxe de courir les 5km de Metz en 1993 et 1994 et que je cours les 10km de Reims.
Pourtant la déprime me gagne.
Je viens de finir une formation d'électronicien et je passe le clair de mon temps à devoir soigner cette jambe qui n'en finit pas de pourir.
Un jour, mon père me parle d'un article qu'il a lu dans la presse sur un gars bi-amputé qui court avec 2 prothèses.
C'est le déclic.
Le 13 décembre 1994, avec l'aval de mon chirurgien, on ampute ce membre sans vie.
Enfin un nouveau départ pour ce que je crois être une autre vie alors que ce n'est que son prolongement ...

Voilà c'est fait. L'amputation de ma jambe, c'est bien déroulé et déjà, je ne tiens plus en place.
Au bout de 10 jours, je sors de l'hôpital. Nous sommes la vieille de du réveillon de Noël. J'en profite pour fêter ça; une folle soirée en boite, et ce sera comme ça pendant un bon mois.
Le 17 janvier 1995, je rentre au centre de rééducation de Gondreville. Très vite, je marche avec une prothèse. Malheureusement, je blesse beaucoup et passe plus de temps sans appareillage.

Le moral va mieux même si de temps à autres, j'ai quelques coups de cafard. Je fais du sport tous les jours. Musculation, vélo de salle et surtout je continue de courir avec les béquilles à une patte.

Je ne suis plus seul car, j'ai un compagnon d'infortune qui me suis. Il s' appelle Vincent. Il est amputé fémoral.
Tous les jours, on se tape notre petit parcours de 5km et le mercredi soir, on rejoint le centre de Lay St Christophe qui héberge le club Handisport.

De temps en temps, on y croise Jean Yves Léger. C'est sur lui que mon père avait lu l'article de presse. C'est impressionnant car jamais on ne pourrait penser qu'il cache sous son jean's, 2 prothèses.

Je sais à cette période que les mois futurs seront meilleurs et que moi aussi je pourrai recourir.

En attendant, je m'accroche. Je cours les 5km de Metz en 38mn. Mon meilleur temps sur la distance.
J'ai la niak et l' envie d'avancer.

Pourtant, je prends encore pas mal de tarte. Au centre de Gondreville, ils s'occupent aussi de reclassement professionnel. On me fait croire que je pourrai faire une formation d'agent du feu. Puis très vite, on me dit que c'est impossible. On essaye de me forcer à perdre mon temps dans un atelier d'électronique, où je ne fais rien d'intéressant.

Côté rééducation, mon kiné prend un malin plaisir à démontrer que je ne peux pas marcher avec un moignon comme le mien. On parle d'opération pour reprendre les cicatrices qui posent problèmes. On m'impose des séances d'ergothérapies où l'on veut me faire fabriquer des paniers en osier. On tente des séances de relaxation, mais je préfère les miennes lorsque je fais la sieste entre 12h et 13h.

Bref, tout me saoul. Je rentre en rébellion et n'en fait qu'a ma tête. Pendant 4 semaines, je prends le largue.
Direction Lille, Hambourg et la Normandie pour de bonne vacance, avec mon vieux pote d'enfance Olivier.

A mon retour, on me menace de perdre mes droits sécu. Ça me fait une belle jambe. Heureusement, il y a une bonne nouvelle, car Benoit, mon guibologue vient de recevoir un nouveau manchon. C'est une copie conforme de mon moignon.

Très vite, je me mets à marcher. Il y a encore des petits problèmes, mais n'étant plus au centre de rééducation, je me prends seul en charge avec la confiance de mon prothésiste.

2 semaines plus tard, je cours 10mn sur tapie roulant.

Voilà c'est parti...

"Être et durer" deviendront mon life motif.

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