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De la préparation à l'arrivée


Ce préparer toujours et encore, tels et la mission du rameur d'océan. Ramer sur un rameur, c'est bien mais avec le bateau sur l'eau, c'est encore mieux.
En juillet 2007, nous sommes au large de Ouessant et de Molène puis dans la rade Brest pour faire nos essais et prendre nos repères. Le vent est de la partie et sur les conseilles de Jo nous rejoignons la rade de Brest pour se protéger du dieux Eole. Nos croisons l'Abeille Bourbon qui est un remorquer d'intervention et de sauvetage.
Les vents sont costaud et nous empêchent de rejoindre le port civil alors je décide de rentrer dans le port militaire. Nous sommes accompagné par une équipe de Fumaco (Fusillé Marin) jusqu'au port de Commerce.

15 jours de préparation bien comme il faut et direction la lorraine pour des présentations diverses. En septembre, Angela me rejoint chez moi. Nous faisons le reste de notre préparation sur la Moselle.

J'entends encore les ricanements de certains. La moselle, ce n'est pas l'atlantique, mais le courant et assez fort, le vent peux être costaud et les péniches sont fréquentes ce qui donne un peu plus de piment à notre préparation. Pendant toute notre préparation nous sommes accueillit par le club des régates messines. Il s'agit du club d'aviron de Metz et de son plus vieux club.

Row row row petit bateau...


Ce préparer physiquement à une traversée, c'est bien, mais il y a aussi d'autres aspects de la préparation qu'il ne faut pas négliger. Tous d'abord, je commence par une formation radio VHF, puis un stage survie en mer et premier secours. Il ne me manque plus que le permis Hauturier ou un équivalent. C'est un véritable problème, car il me faudrait 2 ans de formation pour obtenir un permis côtier et hauturier. Pour l'équivalent, il est possible de la réaliser mais en Anglais et quand on parle la langue de Shakespeare comme une vache espagnol, il vaut mieux s'abstenir. Étant pris par le temps, j'agis comme un pirate et fournis un faux. Ce n'est pas bien mais dans la vie faut savoir prendre des risque... Le seul hic et que je ne sais pas lire une carte marine, faire un relever GPS et naviguer. J'aurai 2 mois pour apprendre sur le tas.
C'est aspect étant plus ou moins régler, il est l'heure de redonner un coup de jeune à Rowoflife. Ponçage, peinture, décors et accastillages de la bête me prendront des heures et des heures. Il faut renforcer les dames de nage, ce qui n'est pas simple en hivers car la résine à du mal à prendre. Il faut également faire une transformation de la quille, réparer un début d'avarie sur la coque et la quille. Il faut prévoir un nouveau couvercle de protection pour le canot de sauvetage et refaire toute l'étanchéité des coffres de rangement puis pour terminer de remonter tout le matériel de transmissions et de sécurités.
Fin novembre, le bateau doit être aux Iles Canaris pour les contrôles, 15 jours avant, sous peine de pénalités.
Normalement, un transporteur doit m'acheminer le bateau, mais coup du sort, il me laisse tomber.
L'armée française n'a pas répondu à ma demande de congé exceptionnel, mais j'ai pris contact avec le cabinet du Ministre de la Défense pour faire accélérer. Je reçois la réponse, une semaine avant de partir. Il m'accorde 6 mois de congé exceptionnel payé à partir du 1 décembre 2007.
Je suis sur les nerfs, car il ne me reste plus de jours de congé, mais j'arrive à m'arranger avec la compagnie. Je peux donc rejoindre Angela à la Gomera.
La voiture chargé à mort avec le bateau en attelage à l'identique. Je prends la route, direction le sud de l'Espagne. Un collègue de travaille m'accompagne, ce qui nous permet de nous relayer.
Arrivée à Biarritz, on décide de sortir de l'autoroute pour le petit déjeuné. J'entends un gros craquement. C'est une roue de la remorque qui vient de se barrer. Au résultat, les roulements sont complètement bouffés par le sel. Dépannage et réparation en urgence à condition d'avoir la pièce, ce qui n'est pas encore gagné. 8h plus tard, nous pourrons reprendre la route. Arrivée à Séville, je dépose mon camarade à l'aéroport et rejoins Cadiz pour prendre un Ferry. L'embarquement sera folklorique car on me guide vers une rampe d'accès à 10%. J'accélère, je fonce et je cale en plein milieu de la pente. Je redémarre et arrive temps bien que de mal à rejoindre mon emplacement de stationnement. Cependant, tous les voyants sont au rouge et ça pu l'huile cramée...
Arrivée aux Iles Canaris, il me reste 90km de route qui se passe sans problème... Ouf.
Ils nous restent 5 jours pour faire les contrôles avant de partir. Je n'aurai pas le temps de chômer.
La vieille du départ, notre bateau n'est pas encore à l'eau. Jusque 3h du matin, je finis de ranger et préparer notre « voyage ».
Il est grand temps de partir...

Nous sommes le 2 décembre 2007. Il est 8h du matin. C'est le grand Jour. Dans quelques heures, ce sera le départ de l'ocean rowing race.

46 équipages d'inscrits et seulement 23 bateaux à prendre le départ.

Je suis devant le bateau pris par l'émotion et le stress d'un tel départ. Je pleurs à chaude larmes et me demande ce que je suis venu foutre dans une si folle aventure.

Y a plus le choix, on va devoir y aller.

On attend un dernier contrôle de Woodvale avant de mettre à l'eau Rowoflife, notre bateau.
Benoit, Alf et Dominique (le vieux), mes amis de technic ortho sont là. C'est eux qui vont remonter la voiture en lorraine avec la remorque. Pendant toute ma préparation, ils étaient là et le jour J, je peux encore compter sur eux.

Il est 10h et nous avons l'autorisation de mettre le bateau à l'eau et de prendre le départ de la course.
A 11h, le bateau est amarré et je peux faire les derniers contrôles. Ce qui m'inquiète, c'est le déssallanisateur. C'est le matériel obligatoire qui fournit la vie. Il pompe l'eau de mer et la transforme en eau douce. Dès son démarrage, on voit qu'il peine à fournir de l'eau. Il y a des fuites d'air. Les techniciens de Woodvale sont à nos côtés et en 1/2h, le problème va être résolu.

Putain, j'ai les nerfs à vif. J'ai bien cru que l'on ne partirait pas.

Je décide d'appeler ma femme, mais le stress et à son paroxysme. Je ne me souviens même plus du numéro de téléphone de la maison...

Un dernier mot à la famille et l'heure du départ à sonné. Sous l'acclamation des spectateurs qui s'agglutinent sur la jetée, nous prenons place pour le départ.

12h - heure GMT soit 13h – heure française sonne le glas et l'heure du départ. La corne de Brume retentit. C'est parti, il faut souquer ferme. Il ne reste qu'un océan à traverser...

Des bateaux bondés de famille et amis suivent le départ, puis au bout d'une heure, ils font demi-tour.
Nous sommes encore 3 bateaux à rame à ce voir, mais l'heure suivante, nous serons seul.
La première heure sera correcte, mais je suis déjà obligé de sortir la caisse à outils car les vis des dames de nage (support de rame) se desserrent.
Nous ramons à 2, mais au bout de 2h, je prends le relais pour mon quart.

Le but du jeu est simple; Ramer chacun son tour pendant 2h puis repos.
Le premier repas en mer, la première nuit, les premières rencontrent..

Que nous réserve cette immensité.

Row Row Row (rame rame rame)

“C'est pas l'homme qui prend la mer, c'est la mer qui prend l'homme”

2 mois en mer, 2 mois à ramer, par tous les temps, vous laissent des souvenirs plein la tête.

Mais l'océan, c'est avant tout une leçon de vie. Ici vous n'êtes rien. C'est l'océan qui décide. Si vous l'aimez, il vous aimera, mais traversée un océan a la rame est un souvenir qui ne s'achète pas mais qui ce vie...

Certains pourraient penser que tout est une routine, mais en mer rien n'est jamais pareil.

L'océan est une aquarelle qui évolue au fil du temps. Des jeux de lumière et d'ombre magnifiques bercés par le grès des vents et courant qui vous mettent la tête à l'envers.

La nuit, le ciel étoilé vous rend rêveur. Ici, un rien prend une place considérable et vous permet de vibrer d'émotion. La tête dans les étoiles, je m'échappe de mon dur labeur. Chaque étoile me rappelle un être disparu. Je sais qu'il veille sur moi, mais si la mort me guette, je partirai en marin avec pour cimetière l'océan.

Au cours des jours qui passent le corps se façonne à l'océan. Le mal de mer des premiers jours est disparu. Le corps s'adapte à son nouvel environnement.

Les rencontres sont fréquentes. Des dauphins, des baleines, des tortues, des requins, des dorades, des oiseaux et des cargos viennent vous rendre visite. Qui a dit que nous étions seuls ?

Et puis le téléphone satellitaire, vous permet d'être en contact avec les proches. C'est bon pour le moral.

La nourriture est à base de produit lyophilisé et de boite. Pas le temps pour la pêche car il faut ramer ou se reposer.

Les jours passent et vous éloignent des iles de votre départ pour vous rapprocher de votre but.
A chaque coup de rame, les miles nautiques s'écoulent mais parfois l'océan s'amuse avec vous et vous fait reculer à coup de tempête et de bourrasque de vent.

Le corps et l'esprit subissent les contraintes de l'océan. Les mains sont cloqués et les fessent souffrent des frottements répétitifs.

Angela a le dos en compote, ce qui l'oblige à prendre un traitement de choc.
Ma main droite s'endort et commence à ne plus vouloir s'ouvrir. Le moignon est blessé et l'infection me guette. Je suis obligé de ramer à une jambe, ce qui complique la tache et m'occasionne de belles escarres fessières. Pour me soulager, j'appuis sur le moignon qui prend des allures de patate. Une de mes testicules et bouffé par le sel et me donne la sensation d'être brulé à vif.

Lors que le vent est trop fort, nous nous obligeons à ramer plus longuement pour garder le cap. 24, 48h et parfois plus s'en dormir vous poussent toujours plus loin dans les limites du corps. Parfois l'esprit s'échappe et il m'arrive de voir des champs et des arbres...

Mais je sais que cette souffrance et provisoire et que je n'ai pas le droit de me plaindre.

Angela semble mois subir et me donne encore plus de courage. Pourtant, dans la nuit, il m'arrive de l'entendre pleurer.

Aujourd'hui, je pense que nous avons été responsable de la monté des océans mais pleurer permet de lâcher la pression et de mieux repartir.

Mon plus beau souvenir fut le jour de noël lors qu'Angela me tendit une lettre avec un mot de Laurence et deux beaux dessins d'Alexis et Vincent, mes deux fils.
Des cadeaux, j'en ai eu comme tout le monde, mais celui là a une valeur inestimable...

Voilà 2 mois que nous sommes partis. 2 mois de galère et de bonheur qui vous transforment.
Mais demain, nous serons de retour...

"Ce n'est pas parce que les choses sont difficiles que l'on n'ose pas les faire, c'est parce que l'on n'ose pas les faire qu'elles sont difficiles".
Sénèque

66 jours, 23h et 24mn, voici le temps qu'il nous faudra pour traversée l'atlantique à la rame.

Nous sommes le 6 février 2008 et enfin la terre et devant nous.

La veille, je pensais être arrivée. Je scrutais l'horizon sans rien apercevoir. Pourtant dans la nuit, nous avions commencé à voir 2 énormes boules de feu. C'était la Guadeloupe à Tribord et devant nous Antigua. Au fil de la nuit, nous pouvions commencer à distinguer la terre puis les maisons et enfin les voitures. Je savais que l'arrivée était proche mais j'avais en tête les conseils de mon ami frank Bruno.
Reste vigilant car temps que le bateau n'est pas amarré au port, tu n'es pas arrivée. Souviens-toi de la mésaventure de Pégui Bouché qui s'était retourné à quelques coups de rame de son arrivée à la Guadeloupe.

Nous avons les coordonnées l'attitude et longitude du lieu d'arrivée, pourtant nous sommes bien sur le point et il n'y a personnes en vue. Nous prenons contact avec Woodvale qui nous demande d'attendre leur venu.
10mn plus tard un gros sodiac et sur nous. Il faut encore ramer un petit mille pour enfin franchir la ligne d'arrivée. C'est l'occasion pour eux de prendre des photos et de filmer.

5-4-3-2-0 nous sommes arrivés. La ligne d'arrivée est imaginaire car nous sommes encore en mer.

Il nous faudra ½ heure pour rejoindre le port.
Diable que c'est dur. Un fort vent nous empêche de rentrer dans le goulot. Il faut batailler dur. Woodvale nous propose de nous prendre en remorque.
Je refuse catégorique. Nous venons de traversée l'atlantique à la rame. Ce n'est pas un coup de vent qui va nous empêcher de rejoindre le port. J'ai la rage et donne toute mon énergie pour prendre le chemin du port.

Sur le haut d'une falaise, j'aperçois des fusées de détresses allumées. J'entends les cornes de brume et mon père qui hurle « aller Franck ».
Jusqu'à temps que je sois descendu du bateau, il hurle de joie. Mais je reste dans ma bulle et je continu mon job jusqu'au dernier instant, insensible à ceux qui se passe au tour de moi.

Je sors le premier du bateau. Mon père me tend une paire de béquille et je me mets debout. Ça tangue de tous les côtés.
On m'invite à m'asseoir. C'est au tour d'Angela de mettre pied à terre. Nous tombons bras dans les bras puis c'est au tour de tous les rameurs arrivés avant nous de venir nous féliciter.

La première récompense et de voir mon père. La secondes est une banane et de la bière...

4500 km en ligne direct pour traversée l'océan à la rame.

Nous l'avions rêvé, nous l'avons fait.

"De ma blessure a jaillit un océan de liberté"
Frank Bruno

J'ai retrouvé femme et enfants.
J'ai l'impression de ne jamais être parti. Sensation étrange...
Rien n'a changé... Sauf Alexis, il a grandi.
Pourtant moi je ne suis plus le même.
Je suis marqué au fer rouge. Impossible d'oublier cette folle aventure.
Aujourd'hui, j'ai fait quelques interviews pour des médias.
Je suis fatigué mais je ne veux pas dormir. J'ai encore le rythme de la traversée dans la tête.

J'ai énormément maigri. Je pesais 115kg le jour du départ. Aujourd'hui, je fais 87kg. Sec comme un coucou et affuté comme jamais.
C'est plus simple pour marcher avec les béquilles surtout que du pousse au majeur de la main je suis toujours semi paralysé. Et c'est valable pour les 2 mains. Par contre je n'ai plus mal au cul et mon doigt (Infection) va nettement mieux.

Déjà une semaine que nous sommes arrivées. C'était hier...

Je voudrai vous faire partager un mot d'une de mes tantes :

JE PENSE QUE TU VIENS DE DEDIER A TES ENFANTS POUR LE PLUS MERVEILLEUX DES PATRIMOINES :
CELUI DU VOLONTARISME, DE LA PERSEVERANCE ET DU COURAGE .....
J'ESPERE QUE TES PAS GUIDERONT LES LEURS PLUS TARD. ET QUE LORSQUE LE DOUTE LES ASSAILLERA ILS SAURONT PENSER A LEUR PERE ...

A L'IMPOSSIBLE NUL N'EST TENU ET TU VIENS DE NOUS LE DEMONTRER EN FORCE ....

Cela résume bien ce que je ressens. Et puis la dernière phrase et tellement vrai.

A MEDITER


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